
Film d’Arthur Penn
Année de sortie : 1976
Avec : Marlon Brando, Jack Nicholson, Harry Dean Stanton, Kathleen Lloyd.
Robert Lee Clayton: Always finish the work. And… I don’t give a damn whether or not I get paid.
The Missouri Breaks est un western très original porté par la composition hallucinante et décalée de Marlon Brando en tueur dément et insondable. Un film qui – comme beaucoup d’autres du même genre à l’époque – porte un regard critique sur la fin de l’American old West et la toute puissance des riches propriétaires.
Synopsis de The Missouri Breaks
David Braxton, grand propriétaire du Montana, engage un « régulateur », Lee Clayton (Marlon Brando), pour traquer et assassiner Tom Logan (Jack Nicholson) et sa bande, voleurs de chevaux notoires.
Tom Logan, écœuré par la pendaison – sans jugement – d’un ami à lui (pendaison dont il sait qu’elle a été commanditée par David Braxton), achète un ranch voisin de celui du riche exploitant. Dès lors, Lee Clayton va attendre le bon moment pour se débarrasser, un à un, des différents membres de la bande.
Critique
Un western typique du nouvel Hollywood
Arthur Penn est une figure emblématique du nouvel Hollywood, un immense réalisateur qui a révolutionné la représentation de la violence au cinéma (notamment dans Bonnie and Clyde), et s’est attaché, dans la plupart de ses films, à dépeindre une Amérique violente, irresponsable (La Poursuite Impitoyable), opaque et dépourvue de repères (Night Moves). Il a déjà réalisé deux westerns (Le Gaucher et le célèbre Little Big Man) quand il tourne The Missouri Breaks.
Ce film, s’il demeure très atypique, s’inscrit dans la droite lignée des grands westerns américains de la décennie 70, qui pour la grande majorité d’entre eux présentent les caractéristiques suivantes :
- La disparition du héros de western traditionnel
- Un regard mélancolique et critique sur la transition – brutale – entre l’American old West et une société beaucoup plus encadrée qui profitait surtout aux puissants.
Ainsi, dans Butch Cassidy et le Kid, de George Roy Hill, Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah, John MacCabe de Robert Altman et surtout La Porte du Paradis de Michael Cimino (tous ces réalisateurs étant issu du même mouvement qu’Arthur Penn), les riches propriétaires – voire les plus hauts fonctionnaires de l’État dans certains cas – sont dépeints comme des êtres cyniques, violents, qui écrasent les faibles, les hors-la-loi, les immigrés (La Porte du Paradis), et les entrepreneurs indépendants, comme dans John McCabe. Inversement, les êtres en marge du système sont traités avec une certaine compassion (sans être forcément idéalisés). Un point de vue qui, évidemment, est directement issu du contexte social et politique de l’époque aux États-Unis.
The Missouri Breaks révèle exactement la même approche : Tom Logan et sa bande sont certes des voleurs de chevaux, mais ils sont tous fondamentalement sympathiques et ne tirent pratiquement pas le moindre coup de feu pendant le film. De l’autre côté, le propriétaire David Braxton n’a pas de scrupules à faire pendre un homme sans procès, tandis que le régulateur engagé par ses soins, Lee Clayton (incroyable Marlon Brando), est un être dément et sans pitié.

Deux géants du cinéma face à face : Jack Nicholson et Marlon Brando.
Le film prend également à contrepied les autres codes du genre : il y a très peu de « gunfights« , et ceux-ci sont plus réalistes, moins dramatiques que dans les westerns classiques, les personnages féminins sont plus forts et indépendants, à l’image de la femme des années 70 (dans le film, la fille du propriétaire se comporte de manière très libérée), et l’approche des relations homme / femme est résolument moderne (le couple formé par Jane Braxton et Tom Logan aurait pu se former sur la route de Woodstock, tous deux se séparant sans plus de manières).
En même temps, ce qui est intéressant, c’est que le personnage de Tom Logan – un hors-la-loi, donc – représente quelque part l’américain dans le sens très traditionnel du terme, qui découvre, en achetant un ranch d’abord par pure provocation, son amour de la terre, et n’aspire finalement qu’à une vie paisible de fermier. Ce respect de la terre et des hommes qui la cultivent, on le retrouve même dans Easy Rider, où les deux motards se montrent admiratifs et très respectueux envers les honnêtes exploitants indépendants qu’ils croisent sur leur route. Le cinéma américain des années 70 témoigne donc souvent d’un regard rêveur et nostalgique sur une certaine idée de l’Amérique, bafouée et pervertie par le système, et The Missouri Breaks est très représentatif de ce point de vue.
La composition extraordinaire de Brando
Incontestablement, The Missouri Breaks doit beaucoup à la composition de Marlon Brando, qui campe un tueur improbable, complètement fou, très maniéré, qui « pue le lilas » et n’a pas son pareil dans l’univers du western. Vide de toute motivation concrète et matérielle – on finit par découvrir que l’argent lui apporte peu, et on lui devine sans peine une indifférence totale à l’égard de la justice – son personnage s’exprime et se comporte de manière totalement absurde et insondable, comme dans cette séquence où il attaque la ferme de Logan pendant la nuit, déguisé en grand-mère. Une folie traduite par la moindre mimique et la diction de Brando, qui relève clairement le niveau d’un film qui, s’il demeure bon, n’est vraiment pas le meilleur d’Arthur Penn.
Cette caractéristique du personnage de Lee Clayton – sa folie extravagante et très décalée – est une pure création de l’acteur, qui a largement improvisé ses répliques et son interprétation. Selon plusieurs sources, Arthur Penn aurait fini par renoncer à vouloir le diriger, laissant Brando en roue libre. Il en résulte que l’acteur éclipse ses partenaires (la prestation de Nicholson est pourtant très bonne) et devient l’élément le plus marquant du film, ce qui n’était sans doute pas prévu… Mais peut-on l’en blâmer? Assurément non : ce personnage hors norme donne au film quelque chose d’absolument unique qu’il n’aurait pas eu sans l’étrange inspiration de Brando. De plus, les scènes réunissant les deux stars du film sont étonnantes car l’on ressent non seulement l’embarras du personnage de Logan face au tueur Robert Lee – dans la fiction – et celui de Nicholson face à un comédien en totale improvisation – dans la réalité. En revanche, il faut admettre que les scènes où Brando n’est pas présent semblent du coup plus fades, voire, parfois, ennuyeuses.

Marlon Brando
Brando donne à son personnage une dimension étrange, absurde, grotesque et fascinante, que seul un acteur de sa trempe pouvait apporter. Symbolise t-il les dérives d’une société américaine sans repères moraux et menacée par la folie? On peut le supposer.
The Missouri Breaks est incontestablement un western très ancré dans son époque, original, et qui réunit deux acteurs mythiques, Jack Nicholson et Marlon Brando, celui-ci livrant une des ses compositions les plus déroutantes, et parmi les plus intéressantes, même si elle a été critiquée, y compris, semble t-il, sur le tournage. On notera également la présence de Harry Dean Stanton, qui a participé à des films majeurs dont Macadam à deux voies, de Monte Hellman, Pat Garrett and Billy the Kid, de Sam Peckinpah, Le Parrain II, de Francis Ford Coppola, Alien, de Ridley Scott, Paris Texas, de Wim Wenders, et Sailor et Lula, de David Lynch.
The Missouri Breaks
Film d’Arthur Penn
Année de sortie : 1976
Avec : Marlon Brando, Jack Nicholson, Harry Dean Stanton, Kathleen Lloyd.
The Missouri Breaks est un western très original porté par la composition hallucinante et décalée de Marlon Brando en tueur dément et insondable. Un film qui – comme beaucoup d’autres du même genre à l’époque – porte un regard critique sur la fin de l’American old West et la toute puissance des riches propriétaires.
Synopsis de The Missouri Breaks
David Braxton, grand propriétaire du Montana, engage un « régulateur », Lee Clayton (Marlon Brando), pour traquer et assassiner Tom Logan (Jack Nicholson) et sa bande, voleurs de chevaux notoires.
Tom Logan, écœuré par la pendaison – sans jugement – d’un ami à lui (pendaison dont il sait qu’elle a été commanditée par David Braxton), achète un ranch voisin de celui du riche exploitant. Dès lors, Lee Clayton va attendre le bon moment pour se débarrasser, un à un, des différents membres de la bande.
Critique
Un western typique du nouvel Hollywood
Arthur Penn est une figure emblématique du nouvel Hollywood, un immense réalisateur qui a révolutionné la représentation de la violence au cinéma (notamment dans Bonnie and Clyde), et s’est attaché, dans la plupart de ses films, à dépeindre une Amérique violente, irresponsable (La Poursuite Impitoyable), opaque et dépourvue de repères (Night Moves). Il a déjà réalisé deux westerns (Le Gaucher et le célèbre Little Big Man) quand il tourne The Missouri Breaks.
Ce film, s’il demeure très atypique, s’inscrit dans la droite lignée des grands westerns américains de la décennie 70, qui pour la grande majorité d’entre eux présentent les caractéristiques suivantes :
Ainsi, dans Butch Cassidy et le Kid, de George Roy Hill, Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah, John MacCabe de Robert Altman et surtout La Porte du Paradis de Michael Cimino (tous ces réalisateurs étant issu du même mouvement qu’Arthur Penn), les riches propriétaires – voire les plus hauts fonctionnaires de l’État dans certains cas – sont dépeints comme des êtres cyniques, violents, qui écrasent les faibles, les hors-la-loi, les immigrés (La Porte du Paradis), et les entrepreneurs indépendants, comme dans John McCabe. Inversement, les êtres en marge du système sont traités avec une certaine compassion (sans être forcément idéalisés). Un point de vue qui, évidemment, est directement issu du contexte social et politique de l’époque aux États-Unis.
The Missouri Breaks révèle exactement la même approche : Tom Logan et sa bande sont certes des voleurs de chevaux, mais ils sont tous fondamentalement sympathiques et ne tirent pratiquement pas le moindre coup de feu pendant le film. De l’autre côté, le propriétaire David Braxton n’a pas de scrupules à faire pendre un homme sans procès, tandis que le régulateur engagé par ses soins, Lee Clayton (incroyable Marlon Brando), est un être dément et sans pitié.
Deux géants du cinéma face à face : Jack Nicholson et Marlon Brando.
Le film prend également à contrepied les autres codes du genre : il y a très peu de « gunfights« , et ceux-ci sont plus réalistes, moins dramatiques que dans les westerns classiques, les personnages féminins sont plus forts et indépendants, à l’image de la femme des années 70 (dans le film, la fille du propriétaire se comporte de manière très libérée), et l’approche des relations homme / femme est résolument moderne (le couple formé par Jane Braxton et Tom Logan aurait pu se former sur la route de Woodstock, tous deux se séparant sans plus de manières).
En même temps, ce qui est intéressant, c’est que le personnage de Tom Logan – un hors-la-loi, donc – représente quelque part l’américain dans le sens très traditionnel du terme, qui découvre, en achetant un ranch d’abord par pure provocation, son amour de la terre, et n’aspire finalement qu’à une vie paisible de fermier. Ce respect de la terre et des hommes qui la cultivent, on le retrouve même dans Easy Rider, où les deux motards se montrent admiratifs et très respectueux envers les honnêtes exploitants indépendants qu’ils croisent sur leur route. Le cinéma américain des années 70 témoigne donc souvent d’un regard rêveur et nostalgique sur une certaine idée de l’Amérique, bafouée et pervertie par le système, et The Missouri Breaks est très représentatif de ce point de vue.
La composition extraordinaire de Brando
Incontestablement, The Missouri Breaks doit beaucoup à la composition de Marlon Brando, qui campe un tueur improbable, complètement fou, très maniéré, qui « pue le lilas » et n’a pas son pareil dans l’univers du western. Vide de toute motivation concrète et matérielle – on finit par découvrir que l’argent lui apporte peu, et on lui devine sans peine une indifférence totale à l’égard de la justice – son personnage s’exprime et se comporte de manière totalement absurde et insondable, comme dans cette séquence où il attaque la ferme de Logan pendant la nuit, déguisé en grand-mère. Une folie traduite par la moindre mimique et la diction de Brando, qui relève clairement le niveau d’un film qui, s’il demeure bon, n’est vraiment pas le meilleur d’Arthur Penn.
Cette caractéristique du personnage de Lee Clayton – sa folie extravagante et très décalée – est une pure création de l’acteur, qui a largement improvisé ses répliques et son interprétation. Selon plusieurs sources, Arthur Penn aurait fini par renoncer à vouloir le diriger, laissant Brando en roue libre. Il en résulte que l’acteur éclipse ses partenaires (la prestation de Nicholson est pourtant très bonne) et devient l’élément le plus marquant du film, ce qui n’était sans doute pas prévu… Mais peut-on l’en blâmer? Assurément non : ce personnage hors norme donne au film quelque chose d’absolument unique qu’il n’aurait pas eu sans l’étrange inspiration de Brando. De plus, les scènes réunissant les deux stars du film sont étonnantes car l’on ressent non seulement l’embarras du personnage de Logan face au tueur Robert Lee – dans la fiction – et celui de Nicholson face à un comédien en totale improvisation – dans la réalité. En revanche, il faut admettre que les scènes où Brando n’est pas présent semblent du coup plus fades, voire, parfois, ennuyeuses.
Marlon Brando
Brando donne à son personnage une dimension étrange, absurde, grotesque et fascinante, que seul un acteur de sa trempe pouvait apporter. Symbolise t-il les dérives d’une société américaine sans repères moraux et menacée par la folie? On peut le supposer.
The Missouri Breaks est incontestablement un western très ancré dans son époque, original, et qui réunit deux acteurs mythiques, Jack Nicholson et Marlon Brando, celui-ci livrant une des ses compositions les plus déroutantes, et parmi les plus intéressantes, même si elle a été critiquée, y compris, semble t-il, sur le tournage. On notera également la présence de Harry Dean Stanton, qui a participé à des films majeurs dont Macadam à deux voies, de Monte Hellman, Pat Garrett and Billy the Kid, de Sam Peckinpah, Le Parrain II, de Francis Ford Coppola, Alien, de Ridley Scott, Paris Texas, de Wim Wenders, et Sailor et Lula, de David Lynch.