The Crazies - George Romero
Film de George Romero
Année de sortie : 1973
Avec : Lane Carroll, Will MacMilla, Harold Wayne Jones, Lloyd Hollar, Lynn Lowry, Richard Liberty, Richard France, Harry Spillman, Will Disney, Edith Bell, Bill Thunhurs, Leland Starnes, A.C. McDonald, Robert J. McCully, Robert Karlowsky.
Avec The Crazies, George Romero décrit minutieusement une situation d’épidémie en parvenant à rendre compte de toute sa complexité. En multipliant les points de vue à travers un scénario et un montage riches et sophistiqués, le réalisateur livre une critique acerbe de l’autorité militaire, et se démarque par une approche intelligente et humaine de ses personnages et de leurs réactions face à la catastrophe.
Synopsis de The Crazies
Dans une petite ville de Pennsylvanie, des expériences militaires chimiques provoquent l’apparition d’un virus qui cause la mort où une folie meurtrière chez toute personne le contractant. La loi martiale est immédiatement déclarée et l’armée, mettant la ville en quarantaine, va tenter de gérer la catastrophe en évitant le scandale politique.
Critique
The Crazies : un traitement plus riche que La nuit des morts vivants
Trois ans après le classique de l’horreur La nuit des morts vivants, Romero revient avec un film qui traite à nouveau des conséquences d’un virus sur une population. Mais alors que La nuit des morts vivants est véritablement un film d’horreur et ne montre qu’un unique point de vue (celui d’un groupe d’individus retranchés dans une maison cernée par les zombies), The Crazies témoigne d’une approche plus riche, plus complexe, qui rend d’ailleurs le film difficile à classer dans un genre précis (d’où le ridicule du titre français, La nuit des fous vivants, qui au-delà de son non-sens tend à rapprocher deux films totalement différents).
The Crazies comporte en effet très peu de scènes d’horreur à proprement parler, et celles-ci sont brèves (mais saisissantes, leur rareté contribue d’ailleurs à leur aspect surprenant et effrayant) ; ce qui intéresse Romero, c’est de montrer la gestion de la catastrophe par les militaires et les politiques, et les conséquences de cette gestion sur la recherche scientifique et sur les habitants de la ville.
La grande richesse du scénario de The Crazies réside donc dans la multitude de personnages et de points de vue abordés ; on y suit à la fois les débats douteux de hauts fonctionnaires politiques s’interrogeant sur les solutions les plus radicales d’éradiquer le virus sans que le scandale ne s’ébruite ; le travail des cadres militaires sur le terrain saboté par un manque effarant de moyens et d’organisation ; leur confrontation avec les autorités locales (le maire et la police municipale) ; le Dr Watts qui s’efforce de trouver un antidote au virus dans des conditions de travail déplorables ; les soldats pourvus de masques à gaz chargés de conduire l’ensemble de la population dans le lycée de la ville (sans leur donner la moindre explication) ; et enfin les habitants et notamment un groupe d’individus qui refuse de se soumettre aux ordres des soldats, et cherchent à comprendre les raisons de ce cantonnement forcé.
A travers un savant montage (Romero a d’ailleurs lui-même monté The Crazies et c’est un autre signe de sa grande maîtrise du cinéma) qui aborde successivement ces différents angles de vue sur la catastrophe, le réalisateur parvient à dépeindre celle-ci dans toute sa complexité, et à nous faire percevoir le véritable propos du film.
Une atmosphère de démence généralisée
Ce qui surprend le plus dans The Crazies, c’est qu’on y voit très rarement – avec certitude du moins - les victimes du virus, ces déments que l’on pense au premier abord les seuls désignés par le titre du film. La grande intelligence du scénario est de véhiculer une impression de folie et d’ambiguïté en montrant à la fois des sujets clairement atteints, des individus dont on ignorera jusqu’au bout si ils l’étaient vraiment - comme ce prêtre qui s’immole sans que l’on sache si il est malade ou s’il agit pour protester contre les méthodes de l’armée, où encore cette jeune femme qui témoigne d’une candeur étrange mais n’est pas sujette aux symptômes connus du virus, elle se comporte d’ailleurs de façon totalement pacifique (mais il y a bien d’autres exemples aussi ambigus) - et enfin une administration politique et militaire irresponsable au point qu’on peut aussi bien la qualifier de démente que les contaminés eux-mêmes.
Cet aspect prend totalement le contrepied de ce que le spectateur attend du film - surtout après avoir vu La Nuit des Morts-vivants où les zombies sont clairement identifiables – et nous amène à un constat de plus en plus évident : The Crazies désignent à la fois les contaminés (qui se trouvent aussi bien chez les civils que chez les militaires), et les individus « sains » qui se comportent de façon absurde ou littéralement démente ; il s’agit des soldats qui appliquent les ordres à la lettre sans tenter de manifester le moindre bon sens, des hauts responsables incapables d’organiser une action cohérente et intelligente pour stopper la contamination, et qui envisagent les solutions les plus meurtrières avec peu de scrupules, et des villageois dont certains sont des pervers, des rednecks décérébrés et violents, où des pommés marqués par le Vietnam.
Une hiérarchie militaire porteuse de folie et de violence
Dans The Crazies, la hiérarchie militaire est la principale vectrice de démence ; transmettant à chacune de ses échelles les stigmates de l’irresponsabilité, du désordre et de la bêtise, cette monstrueuse machine contribue à répandre la violence et la mort bien plus que le virus lui-même.
Son plus haut niveau est d’ailleurs représenté dans le film de manière à nous faire mieux saisir, encore, toute l’absurdité et la dérision du mécanisme aveugle et borné de la décision politique et militaire. Consulté pour donner son accord sur l’utilisation du nucléaire en cas d’échec de l’opération, le président des Etats-Unis apparait de dos dans un poste de télévision, et son interlocuteur, tout comme le spectateur, n’aperçoit que le haut de son crâne – vision qui métaphorise l’absence totale de conscience et de responsabilité du plus haut décisionnaire imaginable.
L’approche humaine de Romero
The Crazies se démarque également par un traitement profondément humain de la plupart des personnages. Le film parvient à leur donner un relief, une consistance qui contribue grandement à l’implication du spectateur dans les difficultés qu’ils endurent. Tous, qu’ils soient militaires, policiers, ou simples citoyens, ont une personnalité intéressante qui se révèle à mesure que la catastrophe prend de l’ampleur. Il y également cette jeune femme étrange qui a déjà été mentionnée, que son entourage soupçonne - à tort ou à raison - d’être atteinte du virus mais qui agit avec beaucoup d’innocence et une certaine forme de bon sens ; par exemple, elle est la seule parmi le groupe de « rebelles » à vouloir communiquer avec les soldats masqués. L’incompréhension qu’elle suscite – notamment quand elle tente d’approcher les soldats – évoque l’attitude bornée de l’Amérique vis-à-vis des pacifistes opposés à la guerre du Vietnam.
Et la mort, quand elle survient, n’est jamais anodine. Depuis la première mort accidentelle (un policier, dont la chute symbolise le « dérèglement » causé par l’opération), Romero filme les corps qui tombent avec conscience et humanité ; et alors que les individus dotés des masques à gaz auraient pu justement nous paraître « déshumanisés » - par leur accoutrement et leur façon d’appliquer sans réfléchir les ordres qu’on leur donne - le réalisateur, en quelques scènes, nous montre qu’eux aussi sont des hommes, qu’eux aussi sont des victimes, et que leur mort est une part de la tragédie en cours.
En parvenant à rendre compte des conséquences de la catastrophe sur l’ensemble des individus et des groupes concernés et en impliquant le spectateur dans leurs sorts respectifs, en dénonçant un système sans jamais tomber dans le manichéisme (plusieurs membres de l’armée agissent du mieux qu’ils peuvent, et inversement, des habitants se comportent mal), George Romero a réalisé (et monté avec génie) un petit chef d’œuvre vibrant autant d’humanité que de pessimisme, du même niveau que l’excellent Zombie. A noter également, une utilisation très originale et intéressante de la musique.
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- Zombie
Par CITIZEN POULPE.
Tags: George Romero

4 janvier 2008 à 10:25
Moi j’ai vu Kirikou contre Karaba est c’est un peu violent aussi.
Pétro-Patel.
9 janvier 2008 à 19:18
hummm du sang bien mis en valeur miam!
24 janvier 2008 à 12:33
de la consistance aux personnnnages?? qui tombent avec conscience et humanité? Romero a-t-il fumé son gaz ou le poulpe est-il sorti de l’eau? ce réalisateur est mou comme un céphalopode, certes, mais il n’en a guère que le pode; plutôt gastéropode, ou viscèropode, podopode ou autre bestiole molle aussi intéressante qu’un concombre de mer.