The Broken

The Broken

Film de Sean Ellis
Année de sortie : 2008
Avec : Lena Headey, Richard Jenkins, Melvil Poupaud.

Plutôt mal reçu à sa sortie en 2008, The Broken, second long métrage de Sean Ellis après l’excellent Cashback, est pourtant un bon film fantastique, qui remplit parfaitement ce qui est sans doute son principal objectif : faire douter et frémir le spectateur à travers une variation intrigante sur le thème, certes usé, du double.

Synopsis de The Broken

Gina McVey (Lena Headey) participe à un dîner organisé pour l’anniversaire de son père, lorsque le miroir situé près de la table à manger se brise. Le lendemain, en sortant d’une cabine téléphonique, la jeune femme suit des yeux un véhicule identique au sien, et se voit elle-même au volant…

Critique

The Broken : un film injustement mal reçu

Le genre fantastique n’est pas toujours facile à aborder – surtout pour un auteur qui n’y est a priori pas associé par le public et les critiques. Même si il n’avait fait qu’un film auparavant – le très apprécié, à juste titre, Cashback – on peut supposer que l’accueil très mitigé qu’a reçu The Broken n’est pas étranger au fait que Ellis a été là où on ne l’attendait pas, passant d’une comédie dramatique pleine de poésie et d’humour à un film fantastique parfois à la limite de l’horreur, au rythme lent et au style glacial. Certains ont cherché de la profondeur qu’ils n’ont pas trouvée, d’autres des sursauts et de la violence alors que le film privilégie la tension à l’action, et d’autres une explication que le film ne donne jamais (pour une raison bien précise sur laquelle nous reviendrons). D’emblée, Sean Ellis se met donc à dos trois catégories de spectateurs : les pseudo intellectuels, les fans de fantastique qui tâche et le public qui n’aime pas les zones d’ombre.

Une variation intéressante sur le thème du double

Indéniablement, The Broken – comme tout film d’ailleurs, dans l’idéal – doit se regarder sans a priori, sans préjugés, et être considéré pour ce qu’il est : un film fantastique efficace et stylisé qui n’est pas, comme certains ont pu le dire, prétentieux. Ce n’est pas parce que le film s’ouvre sur une citation de Poe et que sa réalisation est très léchée que Sean Ellis a cherché à en mettre plein la vue. Le soin accordé aux cadrages et au montage est ici uniquement destiné à créer la tension et l’angoisse du vide, et ça fonctionne parfaitement. D’abord intrigué, puis tendu, parfois effrayé, on suit avec intérêt une histoire qui, sans être révolutionnaire – la thématique du double n’est pas nouvelle, en revanche  Sean Ellis l’aborde différemment – est suffisamment bien racontée et bien filmée pour qu’on se laisse embarquer vers un final peut-être conventionnel mais logique. Je ne peux pas m’empêcher de penser à la critique de The Broken par L’Écran Fantastique, qui dénonce un effet manqué depuis le twist de Shyamalan dans Sixième sens. L’auteur de l’article oublie sans doute que ce film ne faisait aussi que reprendre une idée déjà exploitée au cinéma, quoique de différentes manières ; en quoi était-il si original de tourner un film dont le personnage principal est en réalité mort depuis le début ? Personne n’a vu Carnival of Souls ou Dead and Buried ? Écrire un scénario n’implique pas nécessairement de trouver des idées totalement nouvelles, mais de traiter intelligemment et avec un minimum d’originalité des thèmes qui de toutes façons ont la plupart du temps déjà été exploités.

Lena Headey dans "The Broken"

Lena Headey

Et de ce point de vue, The Broken est plutôt réussi : le thème du double agressif et déshumanisé est traité sous un angle relativement nouveau. Ainsi, s’il a une signification politique dans les versions originales des films Invasion of Body Snatchers et même The Thing (je dis « versions originales » car il n’en est pas de même chez leurs remakes respectifs), l’approche de The Broken est plus obscure et psychologique. La froideur extrême qui se dégage des différents plans (sur la ville, les visages), symbolisant le vide et l’absence de sentiments qui caractérisent les « doubles », semblent davantage nous dépeindre un vide inhérent à l’être humain qu’une menace extérieure clairement identifiée (dans les films de SF américains des années 50, il s’agissait le plus souvent des communistes). Et c’est justement parce que Sean Ellis nous parle d’une peur irrationnelle du vide, d’une angoisse vertigineuse qui ne dit pas son nom – sinon elle ne l’est plus (vertigineuse) – que le film se passe d’une explication qui eût désamorcé, finalement, sa propre mécanique.

The Broken

Vue de derrière le miroir...

En réalité, sans doute parce que Ellis, avec son seul film Cashback, est considéré d’entrée comme un auteur à suivre, on attendait de lui qu’il révolutionne le fantastique. Personnellement, je n’attends pas toujours qu’un film suscite en moi une révélation esthétique, ou même que son scénario m’étonne particulièrement, mais parfois simplement qu’il soit suffisamment bien fait pour provoquer un minimum d’émotions – et cet objectif est loin d’être atteint par des films pourtant bien plus encensés que The Broken.

Intriguant, parfois très angoissant pour peu que l’on se laisse prendre au jeu, très cohérent en ce sens que le style visuel du film est au service de son histoire, The Broken est tout simplement un film fantastique de bonne facture qui confirme les talents de réalisateur de Sean Ellis, même si on peut lui préférer l’originalité et la fraîcheur de Cashback.

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