Film de George Romero
Autres titres : Jack’s Wife, Hungry Wives, Witches
Année de sortie : 1973
Avec : Jan White, Ray Laine, Anne Mufly, Joedda McClain.
A woman: Do you remember Jack’s wife?
Avec Season of the Witch, George Romero réalise un film d’épouvante très ancré dans la société des années 70. Une œuvre originale sur la condition des femmes à l’époque.
Synopsis
Joan Mitchell (Jan White), mère de famille au foyer, vit avec un époux très occupé par son travail, et une fille sur la voie de l’indépendance. Hantée par des rêves et des visions cauchemardesques, elle supporte mal un quotidien source d’ennui et de frustration.
Lorsque ses amies évoquent l’existence d’une sorcière dans leur entourage, Joan éprouve un mélange de peur et de fascination. Peu à peu, elle va trouver dans la pratique de la sorcellerie un moyen d’échapper à sa condition.
Critique
La dimension sociale des films de Romero
Season of the Witch fait incontestablement partie des films de Romero où le réalisateur exprime la dimension sociale, critique, de son cinéma. Même si il se défendait dernièrement d’avoir voulu faire passer un message dans le récent (et à mon sens raté) Diary of the Dead – message pourtant lourdement martelé tout au long du film, à savoir une critique explicite de la multiplication des images et de leurs sources, cause de la désensibilisation de l’individu et d’une vérité toujours plus difforme, éparse – Romero fait rarement du pur divertissement, en ce sens que ses œuvres ont très souvent une signification bien précise, quand bien même elles peuvent souvent être appréciées au premier degré.
Dans The Crazies, réalisé la même année que Season of the Witch, Romero utilise le pitch de base – des émanations toxiques répandent la folie dans une petite ville des Etats-Unis – pour dépeindre une administration américaine irresponsable, illogique et démente, plus meurtrière que les personnes contaminées. On peut également voir dans l’attitude des morts-vivants de Zombies – ils reviennent instinctivement dans un centre commercial, par habitude – une critique de la société de consommation. Et avec Season of the Witch, sous couvert de réaliser un simple film d’angoisse, Romero dépeint la condition de la femme dans les années 60-70.
Season of the Witch : un film d’épouvante féministe
Dès le début de Season of the Witch, les rêves de l’héroïne expriment clairement sa condition de femme au foyer brimée. Mère d’une adolescente bientôt majeure, épouse d’un mari peu attentionné, obnubilé par son travail, elle est sujette à des aspirations, des désirs que son quotidien ne lui permet absolument pas de réaliser. Son enfermement et sa condition de femme dénuée de liberté sont symbolisés par un rêve explicite : son époux Jack lui passe une laisse autour du cou avant de l’enfermer dans une cage. Dans de nombreux cauchemars, elle est également traquée par un inconnu au masque horrifique, qui cherche à pénétrer chez elle, et dont on peut supposer qu’il représente son mari.
Jan White
Les amies de Joan vivent d’ailleurs exactement la même situation ; toutes semblent dépendantes de leur mari et d’une vie de mère et d’épouse où la liberté individuelle, le plaisir et l’épanouissement personnel sont manifestement exclus. La rencontre de Joan avec une femme qui pratique la sorcellerie va représenter pour elle l’opportunité, effrayante et tentante, de se libérer de sa condition. Fascinée, Joan va peu à peu se convaincre qu’elle est elle-même une sorcière, ce « statut » étant synonyme de pouvoirs dont elle est totalement privée au quotidien.
Season of the Witch illustre donc l’émancipation douloureuse d’une femme soumise à des codes et préjugés sociaux qui étaient, à l’époque, en plein bouleversement. En proie à des désirs coupables qu’elle peine à assumer, Joan s’initie à la sorcellerie, unique moyen à ses yeux d’assouvir ses envies, tout en se déchargeant, en un sens, de sa propre responsabilité – puisque, convaincue d’être une sorcière, elle se sent prédisposée à agir comme elle le fait.
Premier point culminant de sa libération mentale et physique, une relation purement sexuelle avec le petit ami de sa fille, Gregg Williamson (Raymond Laine). Celui-ci appele d’ailleurs sa maîtresse « Mrs Robinson », en référence au film Le Lauréat, de Mike Nichols, sorti au cinéma quelques années plus tôt, qui raconte l’histoire d’une liaison entre un jeune homme (joué par Dustin Hoffman) et une quadragénaire. Season of the Witch cite d’ailleurs un autre grand classique de l’époque, Rosemary’s Baby, de Polanski, auquel Shirley Randolph (Ann Muffly), une amie de Joan, fait allusion lors d’une conversation à propos de la sorcière (la sorcellerie est omniprésente dans Rosemary’s Baby).
La fin de Season of the Witch, radicale et très significative, illustre définitivement le point de vue de Romero, et fait définitivement du film une ode aussi étrange que belle à la libération de la femme.
Jan White
Season of the Witch n’est pas l’unique film d’épouvante des années 70 qui propose une réflexion sur la condition de la femme. The Stepford Wives, de Bryan Forbes, un classique du cinéma fantastique, aborde également cette thématique.
La frustration de Romero
Romero, comme dans beaucoup de ses films, s’est énormément investi dans Season of the Witch, dont il a signé – en plus de la réalisation – le scénario, le montage et la photographie. Malheureusement, il semblerait que des investisseurs l’aient abandonné en cours de route, jugeant probablement l’œuvre incapable de rivaliser, commercialement parlant, avec La nuit des morts-vivants. Ces difficultés financières ont altéré le résultat final, empêchant Romero de faire exactement le film qu’il voulait – situation d’autant plus frustrante que l’histoire lui tenait particulièrement à cœur.
Mais l’artiste est souvent le premier critique de son travail ; si Season of the Witch est certes imparfait, et que le manque de moyens se ressent, le film est intéressant aussi bien du point de vue du fond que formel ; ainsi les rêves de l’héroïne permettent au réalisateur quelques tentatives audacieuses et assez expérimentales au niveau des cadrages, du montage et de la bande sonore. Par ailleurs, l’inventivité de Romero compense les problèmes de budget – de nombreux plans, très réussis et créatifs, servant parfaitement le propos et l’atmosphère du film.
L’actrice principale, Jan White, est très convaincante dans son rôle de femme angoissée, torturée par la culpabilité. La réalisation de Romero souligne très bien l’expressivité et la beauté de son visage, qui reflète les différents états d’esprit de l’héroïne tout au long du film.
Jan White
Season of the Witch n’est pas le film le plus maîtrisé de Romero, en raison des problèmes de financement déjà évoqués, mais c’est une œuvre intelligente, originale et sensible, ainsi qu’un joli portrait de femme.
Season of the Witch
Film de George Romero
Autres titres : Jack’s Wife, Hungry Wives, Witches
Année de sortie : 1973
Avec : Jan White, Ray Laine, Anne Mufly, Joedda McClain.
Avec Season of the Witch, George Romero réalise un film d’épouvante très ancré dans la société des années 70. Une œuvre originale sur la condition des femmes à l’époque.
Synopsis
Joan Mitchell (Jan White), mère de famille au foyer, vit avec un époux très occupé par son travail, et une fille sur la voie de l’indépendance. Hantée par des rêves et des visions cauchemardesques, elle supporte mal un quotidien source d’ennui et de frustration.
Lorsque ses amies évoquent l’existence d’une sorcière dans leur entourage, Joan éprouve un mélange de peur et de fascination. Peu à peu, elle va trouver dans la pratique de la sorcellerie un moyen d’échapper à sa condition.
Critique
La dimension sociale des films de Romero
Season of the Witch fait incontestablement partie des films de Romero où le réalisateur exprime la dimension sociale, critique, de son cinéma. Même si il se défendait dernièrement d’avoir voulu faire passer un message dans le récent (et à mon sens raté) Diary of the Dead – message pourtant lourdement martelé tout au long du film, à savoir une critique explicite de la multiplication des images et de leurs sources, cause de la désensibilisation de l’individu et d’une vérité toujours plus difforme, éparse – Romero fait rarement du pur divertissement, en ce sens que ses œuvres ont très souvent une signification bien précise, quand bien même elles peuvent souvent être appréciées au premier degré.
Dans The Crazies, réalisé la même année que Season of the Witch, Romero utilise le pitch de base – des émanations toxiques répandent la folie dans une petite ville des Etats-Unis – pour dépeindre une administration américaine irresponsable, illogique et démente, plus meurtrière que les personnes contaminées. On peut également voir dans l’attitude des morts-vivants de Zombies – ils reviennent instinctivement dans un centre commercial, par habitude – une critique de la société de consommation. Et avec Season of the Witch, sous couvert de réaliser un simple film d’angoisse, Romero dépeint la condition de la femme dans les années 60-70.
Season of the Witch : un film d’épouvante féministe
Dès le début de Season of the Witch, les rêves de l’héroïne expriment clairement sa condition de femme au foyer brimée. Mère d’une adolescente bientôt majeure, épouse d’un mari peu attentionné, obnubilé par son travail, elle est sujette à des aspirations, des désirs que son quotidien ne lui permet absolument pas de réaliser. Son enfermement et sa condition de femme dénuée de liberté sont symbolisés par un rêve explicite : son époux Jack lui passe une laisse autour du cou avant de l’enfermer dans une cage. Dans de nombreux cauchemars, elle est également traquée par un inconnu au masque horrifique, qui cherche à pénétrer chez elle, et dont on peut supposer qu’il représente son mari.
Jan White
Les amies de Joan vivent d’ailleurs exactement la même situation ; toutes semblent dépendantes de leur mari et d’une vie de mère et d’épouse où la liberté individuelle, le plaisir et l’épanouissement personnel sont manifestement exclus. La rencontre de Joan avec une femme qui pratique la sorcellerie va représenter pour elle l’opportunité, effrayante et tentante, de se libérer de sa condition. Fascinée, Joan va peu à peu se convaincre qu’elle est elle-même une sorcière, ce « statut » étant synonyme de pouvoirs dont elle est totalement privée au quotidien.
Season of the Witch illustre donc l’émancipation douloureuse d’une femme soumise à des codes et préjugés sociaux qui étaient, à l’époque, en plein bouleversement. En proie à des désirs coupables qu’elle peine à assumer, Joan s’initie à la sorcellerie, unique moyen à ses yeux d’assouvir ses envies, tout en se déchargeant, en un sens, de sa propre responsabilité – puisque, convaincue d’être une sorcière, elle se sent prédisposée à agir comme elle le fait.
Premier point culminant de sa libération mentale et physique, une relation purement sexuelle avec le petit ami de sa fille, Gregg Williamson (Raymond Laine). Celui-ci appele d’ailleurs sa maîtresse « Mrs Robinson », en référence au film Le Lauréat, de Mike Nichols, sorti au cinéma quelques années plus tôt, qui raconte l’histoire d’une liaison entre un jeune homme (joué par Dustin Hoffman) et une quadragénaire. Season of the Witch cite d’ailleurs un autre grand classique de l’époque, Rosemary’s Baby, de Polanski, auquel Shirley Randolph (Ann Muffly), une amie de Joan, fait allusion lors d’une conversation à propos de la sorcière (la sorcellerie est omniprésente dans Rosemary’s Baby).
La fin de Season of the Witch, radicale et très significative, illustre définitivement le point de vue de Romero, et fait définitivement du film une ode aussi étrange que belle à la libération de la femme.
Jan White
Season of the Witch n’est pas l’unique film d’épouvante des années 70 qui propose une réflexion sur la condition de la femme. The Stepford Wives, de Bryan Forbes, un classique du cinéma fantastique, aborde également cette thématique.
La frustration de Romero
Romero, comme dans beaucoup de ses films, s’est énormément investi dans Season of the Witch, dont il a signé – en plus de la réalisation – le scénario, le montage et la photographie. Malheureusement, il semblerait que des investisseurs l’aient abandonné en cours de route, jugeant probablement l’œuvre incapable de rivaliser, commercialement parlant, avec La nuit des morts-vivants. Ces difficultés financières ont altéré le résultat final, empêchant Romero de faire exactement le film qu’il voulait – situation d’autant plus frustrante que l’histoire lui tenait particulièrement à cœur.
Mais l’artiste est souvent le premier critique de son travail ; si Season of the Witch est certes imparfait, et que le manque de moyens se ressent, le film est intéressant aussi bien du point de vue du fond que formel ; ainsi les rêves de l’héroïne permettent au réalisateur quelques tentatives audacieuses et assez expérimentales au niveau des cadrages, du montage et de la bande sonore. Par ailleurs, l’inventivité de Romero compense les problèmes de budget – de nombreux plans, très réussis et créatifs, servant parfaitement le propos et l’atmosphère du film.
L’actrice principale, Jan White, est très convaincante dans son rôle de femme angoissée, torturée par la culpabilité. La réalisation de Romero souligne très bien l’expressivité et la beauté de son visage, qui reflète les différents états d’esprit de l’héroïne tout au long du film.
Jan White
Season of the Witch n’est pas le film le plus maîtrisé de Romero, en raison des problèmes de financement déjà évoqués, mais c’est une œuvre intelligente, originale et sensible, ainsi qu’un joli portrait de femme.