Rusty James - Francis Ford Coppola
Film de Francis Ford Coppola
Titre original : Rumble Fish
Année de sortie : 1983
Avec : Matt Dillon, Mickey Rourke, Dennis Hopper, Diane Lane, Nicolas Cage, Vincent Spano, Chris Penn, Tom Waits.
RUSTY JAMES: Those fuckin’ guys would’ve followed you anywhere man. They probably still would.
MOTORCYCLE BOY: They’d all follow me to the river, huh? And jump in?
RUSTY JAMES: I don’t know. Yeah, they probably would, man.
MOTORCYCLE BOY: You know, if you’re gonna lead people, you have to have somewhere to go.
Dialogues entre les deux frères joués par Matt Dillon et Mickey Rourke dans Rusty James.
Réflexion sur l’enfermement que représente, pour l’individu, le reflet de sa propre image dans le regard des autres, Rusty James, sorti aux Etats-Unis sous le titre autrement plus évocateur de Rumble Fish, est l’un des meilleurs films de Coppola, avec L’Homme sans âge, actuellement à l’affiche.
Synopsis de Rusty James
Dans une petite ville de l’Oklahoma, Rusty James (Matt Dillon), jeune délinquant, rêve de devenir comme son frère, le Motorcycle Boy (Mickey Rourke), chef de bande et légende locale. Quand celui-ci revient de Californie après trois mois d’absence, il cherche à échapper à sa propre image et à empêcher son frère cadet de suivre le même chemin.
Critique
L’enfer c’est les autres…
Rusty James épouse exclusivement le point de vue du personnage génialement interprété par Mickey Rourke, le Motorcycle Boy, et cela même dans les scènes dont il est totalement absent ; d’où le manque de pertinence du titre français qui ne souligne pas ce parti pris essentiel de la réalisation. En effet, les images sont en noir et blanc et le mixage du son de nombreuses séquences est volontairement sourd, étrange ; or le Motorcycle Boy ne voit pas les couleurs et souffre d’une mauvaise audition.
L’objectif de Coppola est donc de montrer le monde tel que le perçoit ce personnage – de nous faire partager son ressenti pour mieux valoriser le véritable sujet du film : la difficulté de se soustraire au regard des autres, dans lequel le reflet de sa propre image devient une prison, un moule qui conditionne l’individu et réduit pratiquement à néant sa capacité à évoluer et à influer sur son destin.
Pour le Motorcycle Boy, son image d’icône, de légende vivante aux yeux de la population, est donc source d’aliénation ; d’où le parallèle avec le Rumble Fish, poisson qui se rue sur sa propre image reflétée par les parois en verre de son aquarium. Incapable d’agir sur le destin auquel son environnement le condamne - et ce, depuis sa naissance, ce qui accentue la dimension tragique du personnage (« He was born on the wrong side of the river », dit de lui son père, joué par Dennis Hopper) - le Motorcycle Boy va donc s’évertuer à changer celui de son jeune frère, Rusty James (Matt Dillon). Et ce, tant qu’il est encore temps ; car le temps est omniprésent dans Rusty James.
La fuite du temps : une autre thématique de Rusty James
Time is a funny thing. Time is a very particular item. When you’re young, you’re a kid, you got time. You got nothing but time. Throw away a couple of years here, a couple of years there…It doesn’t matter you know. The older you get you say “Jesus, how much I got?” 35 summers left. Think about it: 35 summers left.
Le barman joué par Tom Waits dans Rusty James.
Le film est truffé de plans et de symboles qui rappelle constamment le facteur temps, et ce qu’il implique de vertigineux, d’angoissant pour l’homme : le passage des nuages filmé en accéléré, les pendules et horloges que l’on retrouve dans de nombreuses scènes du film en arrière plan, ou parfois même largement mises en valeur, comme dans cette scène ou Rusty James, le Motorcycle Boy et un policier menaçant (personnage hautement symbolique dans le film) discutent, adossés à une énorme horloge. Il y a également cette pensée, en voix off, du barman interprété par le chanteur, musicien et acteur Tom Waits, citée ci-dessus.
Tous ces éléments soulignent l’urgence pour l’individu d’accéder à une liberté (illusoire?) avant qu’il ne soit trop tard – avant que sa propre volonté ne soit définitivement annihilée par la manière dont les autres le perçoivent.
Le passage du temps et le besoin, pour l’homme, de se réaliser avant de mourir, est également l’un des thèmes du dernier film de Coppola, le très beau et envoûtant L’homme sans âge, avec Tim Roth, au cinéma actuellement.
Rusty James est un film très poétique dans sa forme et profond dans son propos, à découvrir également pour la présence lunaire de Mickey Rourke, dont l’interprétation est très subtile, et pour le plaisir de voir le regretté Chris Penn (qui joue, notamment, le rôle du fils de Joe Cabot dans Reservoir dogs), Dennis Hopper (qui interprète le père alcoolique des deux frères), le tout jeune Nicolas Cage et Matt Dillon dans l’un de ses meilleurs rôles.
Autres films de Coppola conseillés
- Conversation secrète (The conversation), avec Gene Hackman.
- L’homme sans âge (Youth without youth), avec Tim Roth.
Par CITIZEN POULPE.
Tags: Chris Penn, Dennis Hopper, Francis Ford Coppola, Matt Dillon, Mickey Rourke, Nicolas Cage

4 décembre 2007 à 9:34
Voici donc le fameux “poisson bagarreur” !
Ta critique m’a donné envie de voir ce film, et puis Tom Waits joue dedans, c’est un signe !
4 décembre 2007 à 9:36
Mais au fait, tu ne conseilles pas Apocalypse Now ?
Et Dracula ?
Et Lost in Translation ?
Attention, il y a au moins un piège dans ce commentaire ;o)
4 décembre 2007 à 14:09
Apocalypse Now tout le monde connait! Contrairement à “Conversation Secrète” qui est excellent et trop méconnu.
La participation de Tom Waits c’est sur que c’est un gage de qualité… il joue aussi dans “Down By Law” de Jarmusch tu connais??
Le piège est un peu facile à éviter non? Essaie encore!
4 décembre 2007 à 14:49
Et “coffee and cigarets”.
C’est super bien comme jeu ça ! Alors, on attend aussi les critiques de “We own the night”, “Ghost Rider” et “Fast &Furious”.
Non ? C’est pas ça ? j’ai pas compris la règle ?
4 décembre 2007 à 16:05
si si, justement je suis en train d’analyser “fast and furious” mais ça demande bp de boulot, c’est tellement riche et profond… quelque part ça me dépasse, je sais pas si je pourrai. Peut-être en entrant en méditation transcendantale, mais faut que je remette la main sur mon peyocle.
4 décembre 2007 à 18:40
Héhé me demandais quand tu allais faire un post sur Rumble Fish!! Pour moi le propbleme de ce film c’est justement le temps ;p
4 décembre 2007 à 20:09
Citizen Poulpe dit :
Apocalypse Now tout le monde connait! Contrairement à “Conversation Secrète” qui est excellent et trop méconnu.
> C’est vrai, je ne connaissais pas :o)
Citizen Poulpe dit :
La participation de Tom Waits c’est sur que c’est un gage de qualité… il joue aussi dans “Down By Law” de Jarmusch tu connais??
> Pas vu non plus, dsl. Par contre j’ai bien aimé Coffee & Cigarettes, du même Jarmusch et avec Tom Waits aussi ! Ca me fait un film en commun avec Pétronille…
Citizen Poulpe dit :
Le piège est un peu facile à éviter non? Essaie encore!
> Euh, Virgin Suicides ? :oD
5 décembre 2007 à 14:15
je reconnais bien là ton côté caustique cédric!
ceci dit il a bien fallu que je le vois 2 ou 3 fois pour apprécier…
mais tu as aimé son dernier film et même si ils sont très différents, je trouve qu’ils sont à classer dans la même catégorie dans la filmo de coppola (onirique, poétique, symbolique blablabla enfin tu vois quoi)
5 décembre 2007 à 14:43
Je suis d’accord avec toi, il est vrai que ca merite surment d etre revue. Mais ce qui ma manqué par rapport au dernier c’est une accroche personnage. J’ais eu du mal avec ce heros… Par contre niveau technique je suis d’acord qu’il est irréprochable, magnifique et tout et tout.
6 décembre 2007 à 13:16
Très bon article. Cependant vous ne parlez à aucun moment de la très personnelle raclée que Mickey Rourke inflige au début du film… C’est pourtant unique! Je comprends que ce n’est pas le propos du film et que cela pourrait desservir l’article, mais quand même ça donne encore plus de sens à “motorcycle” boy! Sinon c’est vrai que le titre français est encore une fois mal trouvé et choisi “à la va-vite”.
6 décembre 2007 à 13:59
Effectivement, l’entrée du Motorcycle Boy dans le film est fulgurante : il éclate un mec en “lâchant” sa moto en plein dans sa gueule. Une façon inédite d’éclater quelqu’un.
18 décembre 2007 à 21:42
j’ai adoré ce film! a tous points de vue! les acteurs( evidemment sans oublier tom waits, en fabuleux “choeur de tragedie grecque”-dommage qu il ne soit pas plus exploité d’ailleurs- et dennis hopper, hyper bourré et hyper lucide….), la réalisation parfaite( tous les plans meritent pour diverses raisons qu on s y attarde), ce coté distancié, serein, presque mystique de mickey rourke( sa voix si douce qui contraste avec le rauque de celle de matt dillon, son immobilité qui contraste avec l’attitude agitée du petit frère, cette “altitude” qui pousse les autres a lever les yeux pour lui parler…), les demarches et bagarres tres choregraphiées dans lesquelles j’y ai vu un peu west side story, l’enfermement de soi dans l’image des autres, la redemption, ..bref…un grand grand film, et je n’ai qu’une envie, le revoir!
ps: bertrand, as tu vu “poison” de todd Haynes?? il meriterait que tu t y intéresses pour une prochaine critique je pense…
19 décembre 2007 à 9:13
non, je n’ai pas vu “poison”, si tu l’as… c’est vrai que les bagarres dans “rusty james” évoquent clairement west side story!
20 décembre 2007 à 22:35
[...] remarquable, l’occasion de relancer sa brillante carrière (Easy Rider, Apocalypse Now, Rusty James), et à Isabella Rossellini, d’une beauté vénéneuse, un personnage émouvant, complexe et [...]