Non ma fille, tu n’iras pas danser

Non ma fille, tu n'iras pas danser
Film de Christophe Honoré
Année de sortie : 2009
Avec : Chiara Mastroianni, Marina Foïs, Marie-Christine Barrault, Julien Honoré, Jean-Marc Barr, Fred Ulysse, Louis Garrel.

Non ma fille tu n’iras pas danser, de Christophe Honoré, s’il fait partie d’un genre dans lequel le cinéma français actuel s’embourbe régulièrement, parvient à sortir du lot grâce à des personnages bien écrits, une mise en scène maîtrisée et des comédiens inspirés, Chiara Mastroianni en tête.

Synopsis

Après avoir quitté son mari infidèle Nigel (Jean-Marc Barr) en emmenant ses deux enfants, Léna (Chiara Mastroianni) traverse une période confuse et difficile. Au cours d’un séjour dans la maison de campagne de ses parents, elle retrouve son frère Gulven (Julien Honoré) et sa sœur Frédérique (Marina Foïs).

Critique

Le cinéma français actuel n’est pas connu pour la diversité de ses genres ; les films intimistes, réalistes, sur les histoires de couples et de famille, aux personnages tous plus ou moins torturés, se succèdent et, souvent, se ressemblent (avec la mauvaise comédie romantique, c’est devenu une spécialité nationale). Si tous ne sont pas totalement ratés, peu d’entre eux laissent une impression durable, et beaucoup lassent dès les premières minutes. L’exercice, si souvent répété, exige une approche un tant soi peu différente, une maîtrise dont tous les réalisateurs d’aujourd’hui ne peuvent – ne devraient pas, en tous cas – se vanter, pour pouvoir convaincre. Il y avait chez des metteurs en scène comme Pialat ou Sautet, pour ne citer qu’eux, un style, une inspiration, un regard ; ce regard indispensable qui fait trop souvent défaut au cinéma d’auteur français actuel.

Certains liront donc le pitch de Non ma fille, tu n’iras pas danser en poussant un énième soupir blasé, déjà convaincu que le film ne sera qu’un maillon de plus dans la chaîne de productions à la fois peu ambitieuses et prétentieuses qui resserre le cinéma hexagonal sur ses propres caricatures. L’affiche du film, flanquée d’un « Vivez libre » racoleur, n’était guère plus rassurante. Pourtant, sans être – à mon avis – aussi remarquable que certains critiques l’ont prétendu, le film de Christophe Honoré a suffisamment de qualités pour sortir du lot. Cela tient sans doute à plusieurs choses, y compris à celles qu’on ne peut – ou ne veut – pas toujours saisir distinctement.

Chiara Mastroianni dans "Non ma fille, tu n'iras pas danser"

Chiara Mastroianni

Il y a d’abord une comédienne, Chiara Mastroianni, dont l’interprétation est intense et nuancée, aussi fiévreuse que le personnage qu’elle incarne ; un personnage bien écrit, dans lequel son talent est parvenu à puiser toute l’inspiration nécessaire à sa pleine expression. Loin de se contenter d’une aura naturelle indéniable, elle témoigne d’une expressivité saisissante, composant avec un mélange de force et de finesse les différents états que Léna, l’héroïne de Non ma fille, tu n’iras pas danser, traverse successivement dans le film.

A ses côtés, une pléiade d’acteurs tirent tous leur épingle du jeu, parmi lesquels la belle Marie-Christine Barrault, qui joua, entre autres, sous la direction de Woody Allen (Stardust Memories), et Marina Foïs, qui excelle dans un rôle très difficile. Louis Garrel, que l’on peut – je l’ai sans doute déjà fait – un peu trop hâtivement taxer de jeune premier du cinéma français, simplement à cause de son physique de beau ténébreux, est ici d’un naturel convaincant.

Marina Foïs dans "Non ma fille, tu n'iras pas danser"

Marina Foïs

Si le propos – le film, si on ne peut le résumer qu’à cela, dresse le portrait d’une femme insoumise par rapport à ce qu’une certaine approche de la vie, et les autres, semblent exiger d’elle – n’a rien de particulièrement original, il est suffisamment bien traité pour convaincre. La séquence du conte (auquel se réfère le titre du film), raconté par le fils de Léna, illustre intelligemment le sujet en instaurant un parallèle entre un personnage imaginaire et l’héroïne. Une héroïne qui se débat dans un rôle imposé, qui ne fait que ce qu’elle « doit » faire, qui le fait mal et qui se le reproche autant que le lui reproche une partie de son entourage. Dans le conte, la mort semble être la seule issue aux désirs insensés d’une femme. Non ma fille, tu n’iras pas danser refuse cette fatalité, s’achevant sur une conclusion à la fois rude et libératrice ; quoique l’on fasse, il y aura bien quelqu’un, un jour, pour nous reprocher quelque chose.

Christophe Honoré apporte suffisamment de vie, de nervosité et de dynamisme à sa mise en scène pour secouer les longueurs inutiles et fades que l’on trouve souvent dans des films français contemporains aux thématiques voisines ; ne cédant à aucun tic de réalisation particulier, il sert son histoire et ses personnages en ne filmant que l’essentiel.

Non ma fille, tu n’iras pas danser, s’il n’est pas de ces œuvres qui laisse (à mon humble avis, et c’est très subjectif) une empreinte profonde, est suffisamment convaincant pour qu’on ne le range pas parmi d’autres films aux qualités moindres, sous prétexte qu’il s’inscrit globalement dans le même genre cinématographique. C’est déjà une réussite.

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2 commentaires

  1. Le 8 septembre 2010 à 17:59 | Permalien

    M’a toujours fait bondir cette antienne tenue par les compulsifs de video-club, les diffamateurs by skyblogs, contre le cinéma français. Le décrivant comme irrémédiablement enfermé entre quatre murs, à deviser (en dialogues ivres d’eux mêmes) autant sur un malaise (quelconque) que jouant un toujours pénible tu-veux-ou-tu-veux-pas lui tenant lieu d’épaisseur scénaristique…
    Le film de Christophe Honoré semblerait pourtant être (lapidairement) décrit dans cette charge, quand bien même portes et fenêtres y sont larges ouvertes et que l’air (mais pas l’oxygène) peut y entrer de partout, tant il s’avère une caricature de ce cinéma français.
    Voilà qui est curieux et embarrassant.
    Ainsi, ces cons pourraient avoir raison parfois ?
    Rien n’est aussi simple. Rien n’est aussi simple car Non Ma Fille… est certes davantage que cette formule fatalement réductrice et partiellement réductrice. Il n’empêche.
    Il n’empêche que ces histoires bourgeoises de familles traversant l’orage dans de splendides maisons de campagne résonnant de portes qui claquent (l’ex-mari de Lena les remarquera même depuis l’intérieur du film !), de névroses trentenaires ou, ici, quadra, de tracas philosophiques et/ou émotionnels, ces revendications de vie autre,… finissent par offrir un vernis certain à un certain cinéma français, dans lequel chacun a de plus en plus de mal à se reconnaître.
    En est-on réduits à choisir entre chtis et campeurs contre ce cinéma de science-po, trop propre et poli sur lui, qui a trop lu (Nouvel Obs, Libé et Télérama), trop vu (Truffaut en tête) et qui récite si bien sa leçon (même si une certaine personnalité Honoresque finit par se dessiner là) ?
    Pourtant des choses ne manquent pas, éparses, de faire mouche, chez Honoré. Le portrait prend parfois, des effets fonctionnent aussi, des instants sonnent juste enfin. Mais tant de trucs et de ficelles (les personnages sympathiques, tel le petit frère Goulven, sont de purs produits de scénaristes/dialoguistes), et de choses moins tenues aussi (Barrault faisant soudain la récitante de Comédie Française lorsqu’elle raconte sa légende aux pièces d’or), que je ne vois nulle part circonscrits par la critique contemporaine* (à qui le film est d’ailleurs plus destiné que le public et qui n’y voit, en juste retour, que finesse, intelligence et sensibilité), sapent l’élan.
    Ce cinéma post-Ozon (sans l’excès, bienheureux, avec le recul !), où rien, pas même la colère, le désespoir ou, dans Les Chansons d’Amour, la mort, ne saurait être autrement que digne, feutré, discret (ah, voir un Honoré après un Pialat, ça vaut son régime sans sel !). Pour symbole de cette « inoffensivité », cette sempiternelle cellule familiale qui, même dysfonctionnelle et/ou étouffante, reste sereine, à tout le moins pleine de sollicitude (qu’elle soit réelle comme avec les Pommeraye endeuillés ou, comme ici, forcée par les convictions matriarcalement religieuses), engoncée dans son éducation et sa bienséance… A ce titre, Honoré ferait presque du Chabrol, mais allégé là encore. Et, surtout, à l’envers du bon Claude: avec Christophe, la bourgeoisie de l’esprit l’emporte à chaque fois… même si la rebelle veut aller danser !

  2. Lemer
    Le 12 septembre 2010 à 15:16 | Permalien

    Moi aussi je suis breton. Je ne vois pas la Bretagne avec ce regard d’éthnologue rassi. Sacré poulpe Honoré, je croyais que l’on parlais cinéma sur ton blog…

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