Meurtres sous contrôle (God told me to) – Larry Cohen

Meurtres sous contrôle

Film de Larry Cohen
Titre original : God told me to
Année de sortie : 1975
Avec : Tony Lo Bianco, Sandy Dennis, Sylvia Sidney.

Logan : Cure a man, and you will impress a few people who already believe. Kill a multitude, and you can convince a nation.

L’inspecteur Nicholas : Why did you do it?
Un meurtrier : God told me to.

God told me to (le titre en français Meurtres sous contrôle est une fois de plus ridicule) est un film de Larry Cohen étonnant, plutôt abouti sur le plan de la réalisation et surtout extrêmement radical dans son propos, ce qui lui valut, à l’époque, des problèmes avec la censure.

Ce polar fantastique unique en son genre, projeté à la dernière édition de l’Étrange Festival, est une critique féroce et sans nuances de la religion et des dangers qu’elle représente. A découvrir pour son originalité et ses indéniables qualités formelles.

Synopsis de Meurtres sous contrôle (God told me to)

L’inspecteur Nicholas (Tony Lo Bianco) enquête sur une série d’exécutions sans mobile apparent dans la ville de New York, dont les différents auteurs prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu (God told me to). Détail étrange, la précision remarquable dont font preuve les coupables, pourtant non experts en armes à feu.

Catholique très pratiquant, Nicholas va plonger corps et âme dans cette affaire troublante…

Critique

Du polar seventies au délire mystique

Les premières images de Meurtres sous contrôle (God told me to) nous plongent dans un polar typique des années 70 ; New York est filmé caméra à l’épaule, le montage est rapide et nerveux, les scènes de tuerie d’une violence sèche. On pense au Scorcese de Mean Streets, à Peckinpah quand les corps criblés de balle tombent au ralenti durant la séquence du défilé. Indéniablement, God told me to témoigne du talent de son réalisateur et scénariste spécialisé dans les films d’horreur (Le Monstre est vivant, The Stuff), et sa vision de la ville, des hommes, son esthétique renvoient directement à la majeure partie des polars urbains américains de la décennie 70.

Tony Lo Bianco dans "Meurtres sous contrôle"

Mais rapidement, le film, tout en conservant cette facture visuelle (bien que certains plans nous plongent brusquement dans un univers SF à petit budget, mais cela ne déséquilibre pas l’ensemble), suit un chemin sinueux, inhabituel, pour devenir une œuvre assez inclassable. D’abord, il y a ce personnage de policier intéressant et atypique (très bien interprété par Tony Lo Bianco) qui se rend tous les jours à l’église, en cachette ; ensuite, il y a cette affaire de meurtres dont on comprend rapidement qu’elle n’a pas d’explication purement rationnelle. Dès lors, ce qui ressemble au début à un énième polar urbain se révèle être une œuvre purement fantastique dans laquelle Larry Cohen règle ses comptes avec la religion et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne donne pas dans la nuance…

Une critique féroce de la religion et de ses dérives

Meurtres sous contrôle débute sur la phrase suivante : Au cours de l’histoire, l’homme primitif a toujours pris pour des dieux les forces supérieures auxquelles il était confronté. Cela est arrivé une fois de plus de nos jours, dans une ville appelée New York. D’entrée, le film s’annonce donc comme une réflexion sur la religion et le rapport entre l’individu et celui ou ceux qu’il considère être comme des dieux – rapport basé uniquement, selon le film, sur la peur. La peur de la mort, de la destruction, de la punition divine, qu’utilise la religion pour exercer son pouvoir. Une réplique du film est très claire sur ce point : Le Seigneur nous a toujours discipliné par la peur. Guérir un homme impressionne quelques croyants. En tuer une multitude peut convaincre une nation.

"God" écrit avec du sang... tout un symbole!

"God" écrit avec du sang... tout un symbole!

Larry Cohen s’en prend donc aux sectes mais plus généralement aux religions qui sont selon lui – c’est en tous cas ce qui ressort du film, son opinion réelle pouvant être plus nuancée – des fausses pistes (All my life I felt so close to God. But it wasn’t him after all, lance l’inspecteur Thomas à son ex-femme et à sa petite amie). C’est uniquement dans notre propre humanité, si imparfaite soit-elle (le film montre des policiers corrompus, des maquereaux), qu’il faut chercher des réponses, sans chercher à être guidé par un individu ou une force supérieure, puisque cette relation de soumission est par essence perverse et tronquée. Pour illustrer ce propos – on ne peut pas se fier à toute forme de religion – Larry Cohen part d’une idée simple : et si Dieu était un assassin impitoyable, indifférent à la vie humaine?

Évidemment, la phrase précitée qui ponctue le générique nous l’indique clairement : le réalisateur ne cherche pas à affirmer la vérité de cette hypothèse, celle-ci a uniquement pour fonction de remettre en question la pertinence même de toute soumission à une autorité extérieure à l’individu – que cette autorité soit religieuse ou politique d’ailleurs, la frontière entre ces deux sphères ayant toujours été très trouble aux États-Unis…

Le point de vue du réalisateur est en fait reflété par le personnage principal, qui est amené à questionner sa foi et ses origines au cours du film. Il représente l’individu fort qui finira par agir non pas sous l’influence d’une religion ou d’une croyance, mais en fonction de ses convictions personnelles – ce pourquoi son ultime réplique est ironique.

Œuvre atypique aussi bien au niveau de son atmosphère que de son propos, très critiqué en Amérique à l’époque, Meurtres sous contrôle (God told me to) a offert au comédien  Tony Lo Bianco son meilleur rôle, et mérite largement d’être découvert. Ce film a d’ailleurs obtenu le Prix spécial du Jury au Festival d’Avoriaz en 1977.

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