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Mel Gibson dans "Mad Max"
Science-fiction 4

Mad Max

Par Bertrand Mathieux · Le 27 avril 2010

Film de George Miller
Année de sortie : 1979 (1982 pour la sortie française)
Pays : Australie
Scénario : George Miller, Byron Kennedy, James McCausland
Photographie : David Eggby
Montage : Cliff Hayes, Tony Paterson
Musique : Brian May
Avec : Mel Gibson, Steve Bisley, Joanne Samuel, Tim Burns, Hugh Keays-Byrne.

Fifi: They say people don’t believe in heroes anymore. Well damn them! You and me, Max, we’re gonna give them back their heroes!
Max: Ah, Fif. Do you really expect me to go for that crap?

Plus de trente ans après sa sortie, Mad Max impressionne encore par son efficacité et son aspect brut et authentique.

Synopsis de Mad Max

L’action se déroule en Australie, dans un futur proche. Au terme d’une course poursuite acharnée, le policier Max Rockatansky (Mel Gibson) provoque la mort accidentelle de Crawford Montazano, un forcené qui avait volé une voiture de police. Les nightriders, une bande de motards dégénérés dont Montazano faisait partie, jurent de venger leur ancien complice…

Critique du film

Mad Max est à la base un petit film indépendant australien au budget extrêmement modeste. Tellement modeste que seul Mel Gibson porte de vrais vêtements en cuir (les autres sont en vynil) et que les mêmes véhicules, repeints d’une couleur différente, sont réutilisés d’une scène à l’autre. Même la post-production s’est faite dans des conditions artisanales, le film ayant été monté dans la chambre de Byron Kennedy (coauteur du scénario avec George Miller et co-fondateur de la société de production Kennedy Miller) avec du matériel de montage créé pour l’occasion par son père, un ingénieur. A l’arrivée, Mad Max remporte un succès mondial et acquiert au fil des ans le statut de film culte.

Il est vrai qu’en 1979, personne n’avait encore vu quelque chose de semblable au cinéma. Dans un futur qui ne ressemble à rien (les décors sont d’une grande pauvreté pour un film de S.F), des policiers tantôt débiles, tantôt têtes brûlées (ou les deux) affrontent des motards tous plus malsains les uns que les autres.

Le scénario, s’il puise son inspiration dans le premier choc pétrolier survenu en 1973, ne s’embarrasse pas de la dimension politique souvent associée au genre S.F ; la psychologie n’y a pas davantage sa place. Linéaire, épuré et d’une simplicité confondante, il dépeint une réalité brutale avec une absence d’explication et de contextualisation qui, quelque part, donne une partie de sa singularité au film. La violence et la folie ambiantes, que l’on retrouve même chez le personnage principal (d’où le titre), sont d’autant plus saisissantes qu’on en ignore les origines exactes, même si on les devine : comme les séquelles du film le montreront de façon plus explicite, Mad Max illustre en effet la décadence d’une civilisation humaine trop matérialiste, trop guerrière et dont l’économie dépend avant tout des énergies fossiles, plus particulièrement du pétrole (une réalité qui n’a pas vraiment changé depuis).

Le monde est réduit à un paysage désertique, traversés par des routes où règnent la vitesse et le chaos. Même le commissariat de police est complètement délabré. Cette représentation d’un futur apocalyptique était alors, au cinéma en tous cas, nouvelle et surprenante. Mais Mad Max a également marqué les esprits de par un final nihiliste, qui illustre l’un des autres thèmes du film (la vengeance ; motif que l’on retrouve notamment dans le très réussi Furiosa, sorti en 2024). Jugé trop brutal à l’époque, le film d’ailleurs été interdit dans plusieurs pays dont la France, où il ne sortira qu’en 1982.

Mel Gibson dans "Mad Max"
Max (Mel Gibson), visiblement agacé

La particularité du film tient également dans la manière dont il a été conçu, réalisé et monté. A savoir avec un manque de moyens financiers (comme évoqué précédemment) qui, au final, contribue au cachet esthétique du film. Avec plus d’argent, George Miller et Byron Kennedy auraient peut-être développé certains aspects de l’histoire, mieux travaillé les décors et ajouté des effets spéciaux qui auraient probablement dépourvu le film de son aspect brut, fauché et sans concessions. L’action se situe dans un futur proche assez miteux et les limites imposées par le budget du film ont sans doute poussé les auteurs à aller jusqu’au bout de cette démarche, en se débarrassant de tout ce qui aurait pu être superflu et en se contentant de décors et d’accessoires aussi pauvres que le monde qu’ils décrivent.

Côté réalisation, George Miller multiplie les cadrages précis au cours des courses poursuites et utilise à bon escient les ralentis, un peu à la manière d’un Peckinpah avant lui. Le découpage millimétré des plans donne aux scènes d’action un impact que le temps n’a pas altéré. Le réalisateur s’en sort également très bien quand il s’agit de faire monter progressivement la tension, comme dans cette séquence où Jessie Rockatansky (Joanne Samuel), la femme du protagoniste, est traquée par les motards. Enfin, il met en scène la confrontation finale avec un mélange de spectaculaire, de réalisme et de sobriété qui ponctue sèchement le film.

La poursuite finale dans "Mad Max"
Les cascades, réglées par Grant Page, ont contribué à la légende du film

Il faut également souligner que comme il le prouvera dans la suite de sa filmographie (y compris dans les deux derniers Mad Max à ce jour, Fury Road et Furiosa), George Miller, loin de négliger les personnages féminins, leur accorde une réelle place dans ses récits. Si le premier Mad Max n’inclut pas une héroïne aussi dure que Furiosa, Jessie Rockatansky est loin d’être une belle plante insipide : elle possède une personnalité affirmée, et se montre courageuse dans une scène particulièrement tendue ; le jeu convaincant de l’actrice Joanne Samuel achève d’ailleurs d’en faire une femme forte et déterminée.

8.5 Note globale

Mad Max a fait date dans l'histoire du cinéma. Fauché, brutal et sans concessions, ce mélange de dystopie et de western, volontiers malsain et nihiliste, donna naissance à l'une des sagas les plus cultes de l'histoire du 7ème art, et exerça une influence culturelle majeure. Quant au regard de George Miller sur le monde, il est toujours pertinent : les mécanismes ayant provoqué le chaos visible dans toute la saga Mad Max sont toujours à l'oeuvre...

DystopieGeorge MillerJoanne SamuelMel GibsonPost-apocalyptique
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Bertrand Mathieux

Principal contributeur du blog Citizen Poulpe. Je suis également auteur de deux recueils de nouvelles. Parmi mes cinéastes préférés : Michael Cimino ; Claude Chabrol ; Maurice Pialat ; Michael Powell ; Kelly Reichardt ; Arthur Penn ; Olivier Assayas ; Emmanuel Mouret ; Léa Mysius ; Guillaume Brac ; Juliana Rojas ; Marco Dutra ; Francis Ford Coppola ; Michel Deville ; Laura Citarella ; Guillaume Nicloux ; Karim Moussaoui ; Woody Allen ; Sam Peckinpah ; Nacho Vigalondo ; Danielle Arbid ; Lina Soualem ; Jean-Pierre Melville ; David Lynch ; Billy Wilder ; David Mamet ; William Friedkin ; Nicolas Pariser ; Sergio Leone ; Jane Campion ; Jim Jarmusch ; Miguel Gomes ; Ari Aster ; Christian Vincent ; Sidney Lumet ; Ernst Lubitsch ; Gilles Marchand ; Alfred Hitchcock ; John Carpenter ; Otto Preminger ; Whit Stillman...

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4 commentaires

  • mariauqe dit : 20 mai 2010 à 22 h 51 min

    Symphonie virtuose, épique et dégénérée, ouéstèrne post-moderne et suprêmement décadent (la scène des « bad guys at the station » a tout de High Noon ou de Sergio Leone), hymne frénétique à la vitesse (hypnotiques rubans d’asphalte), sauvage, fétichisant (cuir, sueurs, cicatrices, cylindrées et tôles froissées, le tout avant Cronie), anticipation déjantée (il faut voir le commissariat du MFP et ses flics-voyous déglingués), hiératique et revancharde (du ouéstèrne que j’vous dit, de Liberty Valance à Unforgiven !)… une date assurément (même si c’est le 2ème volet, post nuke, qui alimenta 20 ans de clônes latins…) !
    Vision apocalyptique, cheapos et no future, magnétique (pas si éloignée de celle du Big Apple fracassé de New-York 1997), méchamment filmée, c’est l’occasion d’une des ouvertures les plus catchy et estomaquante du ciné d’alors (la poursuite du Knightrider), d’une poignée de scènes traumatisantes (l’agression collective de la minute 25, celle de la famille de Max, Goose le motard passé au barbecue…) et de quelques autres distillant une angoisse de correcte ampleur (la traque forestière (cousine consanguine de Delivrance ?) précédant la mise à mort du bébé de Jessie (elle survivant tout juste) me terrifia, en son temps).
    Joué assez approximativement (malgré l’hallucinée Tondeuse, sorte de Benny Hill psychopathe), ce qui renforce le malaise ambiant, mais filmé avec une rare intensité, le film, nerveux et complaisamment sadique, idéologiquement douteux (tout ça est bien réac’ !), est soutenu en outre par une partition orchestrale classique et baroque à la fois de Brian May (très Herrmann-Rozsa-Waxman) qui renforce le climat difficilement soutenable de la chose, authentique concentré de chocs, pépite odieuse et inouïe, scandaleux chef-d’œuvre patenté… film-monstre, culte et éminemment formateur.

    Répondre
  • Citizen Poulpe dit : 20 mai 2010 à 23 h 43 min

    Belle envolée, je m’incline!

    Répondre
  • Mad Max « Le Dino Bleu dit : 11 octobre 2010 à 10 h 32 min

    […] d’autres avis : Traqueur Stellaire, Solaris Distribution, Cinétudes, Citizen Poulpe – Mad Max Online, le site officiel du film (en […]

    Répondre
  • Jean-Pascal Mattei dit : 12 août 2013 à 14 h 57 min

    L’image la plus violente du film : une chaussure d’enfant qui retombe sur l’asphalte – à mettre en parallèle avec la chaise vide de « M le maudit ».

    Répondre
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