L’homme sans âge

Tim Roth et Alexandra Maria Lara dans L'Homme sans âge

Film de Francis Ford Coppola
Titre original : Youth without youth
D’après le roman Youth without youth de Mircea Eliade.
Année de sortie : 2007
Avec : Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz.

Avec L’homme sans âge, Francis Ford Coppola signe un film visuellement sublime et profond, réflexion sur le passage du temps et sur les dilemmes complexes entre le savoir, l’évolution de l’homme et l’amour. Un film très personnel où le réalisateur américain exprime pleinement sa maîtrise du cadre, de la lumière et des couleurs, ainsi que la dimension poétique, nostalgique et romantique de son cinéma.

Synopsis de L’homme sans âge

A l’aube de la seconde guerre mondiale, en Roumanie, Dominic Matei (Tim Roth), linguiste, réalise amèrement qu’il ne parviendra sans doute jamais à achever l’œuvre de sa vie : comprendre les origines du langage et l’émergence de la conscience humaine. Après avoir été frappé par la foudre, il commence peu à peu à rajeunir, tandis que ses facultés intellectuelles et sa mémoire décuplent.

Son cas extraordinaire intéresse les nazis et notamment Josef Rudolf, persuadé qu’une forte concentration d’électricité peut augmenter les capacités du cerveau humain et causer l’apparition d’un être supérieur.

Aidé par le professeur Stanciulescu (Bruno Ganz), qui le recueille dans son établissement après son accident, Dominic Matei va tenter d’échapper aux nazis et surtout, de comprendre le sens réel de son rajeunissement et des facultés mentales extraordinaires dont il est désormais pourvu.

Critique

L’homme sans âge : un film très personnel

Quiconque connait bien l’œuvre de Coppola constatera que L’homme sans âge se range du côté des films très personnels de son auteur.

On y retrouve effectivement des aspects et thématiques typiques de son cinéma. D’abord, l’obsession du temps – ce temps qui fait défaut à Dominic Matei pour achever le travail de sa vie – traduite par de nombreux plans sur des horloges, est également très perceptible dans Rusty James (Rumble Fish), un autre chef d’œuvre qui a aussi de commun avec L’homme sans âge une très forte dimension poétique et symbolique.

Ensuite, L’homme sans âge exprime le goût de Coppola pour le romantisme dans son sens le plus noble. Ce romantisme, on le perçoit aussi dans One from the heart, unique film musical du réalisateur (dont la BO est signée Tom Waits), et bien entendu dans sa version de Dracula.

Enfin, du premier au dernier plan, L’homme sans âge respire la liberté, celle dont un des derniers grands génie du cinéma a manifestement bénéficié pour réaliser ce qui est de très loin un des plus beaux films de ces dernières années.

La perfection des plans, de la photographie et du montage de L’homme sans âge

Ce qui frappe dans L’homme sans âge, c’est la splendeur des images et l’extraordinaire fluidité de leur enchaînement. La perfection de chaque scène n’a d’égale que celle avec laquelle elles s’enchaînent, à la manière des différents mouvements d’une symphonie. C’est principalement dû à l’inventivité dont Coppola fait preuve dans la composition de chaque image ; comme un écrivain qui, à chaque page de son roman, trouve une image ou une tournure de phrase saisissante, le réalisateur exprime toute sa science du cinéma et son imagination dans chaque plan du film.

Il y au moins une idée intelligente par image – un cadre qui donne une dimension intrigante à une pièce, un jeu de perspectives, de miroir qui donne une profondeur aux plans, sans oublier bien sûr, la beauté de la lumière et des couleurs qui fait de la vision de L’homme sans âge une expérience esthétique unique.

Le film nourrit et stimule l’esprit du spectateur par une alchimie parfaite entre la splendeur des images et la profondeur du propos. Car on ne peut pas parler de réussite esthétique si l’image ne sert pas une histoire, et celle de L’homme sans âge est particulièrement riche et intéressante.

Un sujet passionnant

La quête du personnage principal de L’homme sans âge – comprendre l’origine du langage et de la conscience – est fascinante en soi ; mais ce qui l’est davantage encore, c’est les questions fondamentales qu’elle pose, et le dilemme crucial qu’elle va provoquer dans l’esprit du linguiste. Celui-ci va en effet réaliser que l’aboutissement complet de son travail suppose un sacrifice de taille ; celui de la femme qu’il aime mais aussi de l’humanité telle qu’elle existe actuellement. Or le savoir et la connaissance justifient-ils un tel prix ?

Parce qu’il agit selon sa nature et ses convictions intimes, le héros de L’homme sans âge se condamne à l’échec ; et ce en dépit de cette « seconde chance » que le destin lui a donné. C’est donc en un sens un amer constat : refuser le sacrifice et respecter sa nature conduit à la défaite. Mais une défaite noble, précisément parce qu’elle nait de ce refus, une défaite à laquelle cette fameuse « troisième » rose sur laquelle se clôt le film retire définitivement le moindre goût amer.

L’homme sans âge est une expérience cinématographique extrordinaire, de celles que l’on vit de moins en moins souvent dans les salles obscures, et qui a donné à l’acteur et réalisateur Tim Roth, excellent dans le film, probablement son plus beau rôle. A voir absolument.

Autre critique d’un film de Francis Ford Coppola

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