L’Année du Dragon

Mickey Rourke et Ariane dans L'Année du Dragon

Film de Michael Cimino
Titre original : Year of the Dragon
Année de sortie : 1985
Avec : Mickey Rourke, Caroline Kava, John Lone, Ariane, Raymond J.Barry.

Stanley White: The next cop… that I hear about…who’s taking money in this precinct, I’m gonna personally bust their mouth. Are there any questions?
A policewoman: What if it’s a woman?
Stanley White: She better bend over.

Louis Bukowski: You care too much, Stanley.
Stanley White: How can anybody care too much?

Après l’échec commercial de La Porte du Paradis, son plus grand film avec The Deer Hunter, Michael Cimino tourne un film plus grand public, L’Année du Dragon, dont il co-écrit le scénario avec Oliver Stone à partir d’un roman lui-même tiré de faits réels. Violent, épique, le film, si il n’est pas le plus personnel de Cimino, porte indéniablement la marque de ce grand réalisateur, à travers sa mise en scène mais aussi ses thématiques. Une des compositions les plus émouvantes de Mickey Rourke.

Synopsis de L’Année du Dragon

Stanley White (Mickey Rourke), policier reconnu et ancien du Vietnam, est muté à Chinatown, New-York. Décidé d’en finir avec la mafia chinoise et un certain Joey Tai (John Lone), jeune homme d’affaires ambitieux à la tête d’un vaste trafic d’héroïne, White se heurte à ses supérieurs qui souhaitent davantage le voir s’en prendre à des petits voyous qu’à des gros bonnets. Avec l’aide d’une journaliste, Tracy, et d’un policier sans expérience, il s’engage dans une croisade sanglante, aussi dangereuse pour lui-même que pour son entourage.

Critique

L’Année du Dragon : un polar épique empreint du style de Cimino

Comme mentionné plus haut, L’Année du Dragon n’est pas à proprement parler un projet personnel de Cimino, comme ses précédents films pouvaient l’être ; c’était sans doute davantage pour lui l’opportunité de se remettre sur les rails après La Porte du Paradis, immense chef d’œuvre dont l’échec commercial a causé la faillite de United Artists. Néanmoins, le film porte indéniablement la marque de son réalisateur, un des plus brillants de sa génération et probablement l’un des plus grands génies du cinéma encore vivant.

La guerre et ses conséquences

Par ses thématiques, d’abord ; en effet, la filmographie du réalisateur est marquée par la guerre et ses conséquences sur les hommes. The Deer Hunter illustre l’impact de la guerre du Vietnam sur un groupe de jeunes russes américains habitant une petite ville de Pennsylvanie, La Porte du Paradis traite de la guerre du Comté de Johnson, qui eut lieu à la fin du 19ème siècle. Or, dans L’Année du Dragon, le policier Stanley White est un ancien du Vietnam, et cet élément a une importance déterminante puisqu’il explique en grande partie son comportement et justifie la dimension épique du film. Profondément marqué par le conflit, White en replace plus ou moins consciemment les enjeux au coeur de sa lutte contre la mafia chinoise à Chinatown. Certains gros plans sur le personnage évoquent d’ailleurs directement son passé de militaire ; notamment celui où, filmé dans un nuage de fumée et le visage noirci, White fait clairement songer à un soldat au combat (impression renforcée par la veste kaki qu’il porte). On retrouve donc bien l’intérêt de Cimino quant aux impacts de la guerre, et en particulier celle du Vietnam, sur les hommes.

Mickey Rourke dans L'Année du Dragon

Mickey Rourke dans L'Année du Dragon : un soldat en guerre

Les relations hommes/femmes

Autre aspect qui rapproche définitivement L’Année du Dragon des autres films de son réalisateur, l’importance (fondamentale dans le film) et la justesse des rapports hommes/femmes. The Deer Hunter et La Porte du Paradis se distinguent, entre autres, par la volonté de Cimino de mieux rendre compte d’un conflit historique et de ses conséquences en dépeignant avec une minutie et une justesse extrêmes aussi bien la vie d’une communauté ou d’un groupe d’individus, que celle des différents personnages qui le composent, de leurs relations amicales ou amoureuses. Si les précédents films de Cimino comportaient donc de nombreuses scènes, par ailleurs souvent très émouvantes, qui nous plongeaient dans l’intimité des couples (De Niro et Meryl Streep dans The Deer Hunter, Kristofferson et Huppert, Walken et Huppert dans La Porte du Paradis), L’Année du Dragon ne fait pas exception ; loin d’être accessoires, les scènes entre Stanley White et sa femme, mais également celle entre le policier et la jeune journaliste, sont aussi belles que fondementales dans le film, puisqu’elles nous aident la saisir la personnalité de l’homme, beaucoup plus nuancée et complexe que certains l’ont prétendu en se bornant à dénoncer un énième policier brutal, tête brûlée et vaguement raciste au cinéma.

Mickey Rourke et Caroline Kava dans "L'Année du Dragon"

Mickey Rourke et Caroline Kava

Le lyrisme de Cimino

Enfin, du point de vue de la mise en scène, L’Année du Dragon porte bel et bien le style lyrique et le romantisme du réalisateur, qui par des mouvements superbes de caméra insuffle au film la dimension épique que nécessitait son histoire. On retrouve également dans les gunfights la violence brute, impressionnante qui éclatait dans La Porte du Paradis et qui justifia qu’on le compara, sur ce point, à Sam Peckinpah.

Stanley White : un personnage fascinant

Le capitaine Stanley White, qui exista réellement, est un personnage particulièrement intéressant, plus complexe et profond que ne le pensèrent certains à la sortie du film. Si les films américains regorgent d’anciens du Vietnam traumatisés par la guerre, et de policiers violents et machos, White, grâce à la fois au scénario, à la mise en scène et surtout à la composition extrêmement juste et nuancée de Mickey Rourke, transcende ces stéréotypes.

L’acteur réussit brillamment à exprimer les différentes facettes de son personnage, tantôt violent, impulsif, égoïste, et seul, brisé, désarmé, enfantin et impuissant. La scène où il confie sa profonde solitude à la jeune journaliste (I don’t know anybody else in this town. Isn’t that a real laugh? I feel like such an asshole.), comme celle de l’enterrement et le dernier plan du film, révèlent la dimension émouvante, sensible et pathétique du personnage.

Mickey Rourke dans "L'Année du Dragon"

Mickey Rourke

L’Année du Dragon a donné à Mickey Rourke sans doute son rôle le plus émouvant avec celui de Randy Robinson dans The Wrestler. D’ailleurs, tout comme le personnage du catcheur dans le film d’Aronofsky évoque clairement la vie et le parcours de l’acteur, le personnage de Stanley White a également d’indéniables points communs avec Rourke. Ainsi, si ce dernier confie lui-même s’être souvent très mal comporté dans sa vie, et son désir de devenir quelqu’un de meilleur, Stanley White prononce, à la fin de L’Année du Dragon, une phrase qui évoque cet aspect de la vie du comédien : I’d like to be a nice guy. I would. I just don’t know how to be nice.

Polar épique caractéristique du lyrisme et du romantisme de son réalisateur, dont c’est d’ailleurs la dernière réussite à ce jour, L’Année du Dragon est un film à découvrir ou à revoir, moins simple et plus émouvant qu’il n’a souvent été dépeint.

Autre critique de film de Michael Cimino

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