Klute – Alan J. Pakula

Donald Sutherland et Jane Fonda dans Klute

Film de Alan J. Pakula
Titre original : Klute
Année de sortie : 1971
Avec : Donald Sutherland, Jane Fonda, Roy Scheider.

Bree Daniels: What I would really like to do is be faceless, and bodyless, and be left alone.

Bree (Jane Fonda) se confie à sa psychanalyste dans Klute.

Klute, deuxième film de Alan J. Pakula, est un film policier très original, qui bénéficie de l’excellente interprétation de Jane Fonda, de la présence unique de Donald Sutherland et de l’excellente photographie de Gordon Willis, chef opérateur majeur des années 70.

Synopsis de Klute

John Klute (Donald Sutherland), détective privé, enquête sur la disparition de son ami Tom Gruneman. Son unique piste étant Bree Daniels, une call girl new-yorkaise à laquelle le disparu écrivait des lettres obscènes, Klute quitte la Pennsylvanie pour débuter ses recherches à New-York.

Il découvre rapidement que Bree est harcelée par un mystérieux et dangereux pervers..

Critique

Pakula et Willis : une collaboration fructueuse

C’est frappant dès les premiers plans du film : Klute est une réussite totale sur le plan esthétique. Les images, admirablement accompagnées par la musique étrange de Michael Small (qui signera plus tard la BO des Femmes de Stepford de Bryan Forbes), sont extrêmement soignées et contribuent à l’atmosphère très particulière, assez pesante et curieuse, du film.

A la précision et l’inventivité des cadrages imaginés par Pakula se conjugue la photographie remarquable de Gordon Willis, chef opérateur majeur des années 70, connu pour ses images souvent sombres qui en l’occurrence, illustrent parfaitement le sujet trouble de Klute.

Le style de Willis s’inscrit dans ce mouvement communément appelé le nouvel Hollywood, soit le renouveau du cinéma américain initié à la fin des années 60 par des réalisateurs comme Penn, Peckinpah, Hopper et Coppola. Willis signa la photographie de la trilogie des Parrains de Coppola et celle de nombreuses œuvres de Woody Allen, de Annie Hall, premier grand film du réalisateur new-yorkais, à La Rose pourpre du Caire. Pakula fit appel à lui pour 5 autres de ses films en dehors de Klute, dont les célèbres A cause d’un assassinat et Les hommes du président.

Pakula, dont c’est seulement le deuxième film, fait preuve ici d’une grande maîtrise. Le réalisateur est parvenu à exprimer, à travers les images souvent intrigantes et obscures de Klute, l’aspect atypique du film, dont le véritable intérêt ne réside pas dans son intrigue policière – plutôt minimaliste – mais dans ses personnages ; cela n’est d’ailleurs pas un hasard si le titre du film est précisément le nom du héros joué par Donald Sutherland.

Klute : un film policier atypique

En effet, l’intérêt principal de Klute réside dans les personnages du détective et de la call girl (remarquablement jouée par Jane Fonda qui remporta l’oscar de la meilleure actrice pour le rôle), dans leur relation complexe ainsi que dans la façon dont Pakula filme la ville de New-York.

Le scénario fait la part belle au développement du personnage de Bree Daniels, notamment à travers ses séances de psychanalyse qui aident le spectateur à mieux comprendre sa psychologie, les névroses dont elle souffre et ses relations problématiques avec les hommes. Ayant choisi le métier de call girl pour, selon ses propres dires, vivre dans le confort de l’insensibilité et se donner l’illusion de maîtriser son existence comme elle maîtrise ses clients, la jeune femme va être littéralement bouleversée, quoique de façon très progressive, par sa rencontre avec Klute, personnage mystérieux qui semble la comprendre, l’accepter, et dont la présence est à la fois, pour elle, rassurante, inquiétante et énigmatique.

Donald Sutherland dans Klute

Rassurante, parce que Klute ne vient pas de New-York – cette ville dans laquelle Bree s’est manifestement perdue – qu’il la protège d’un mystérieux persécuteur et qu’il désapprouve, sans la juger, le métier de Bree et ses relations douteuses, notamment Franck Ligourin (incarné par le regretté Roy Scheider). Inquiétante, parce qu’en un sens il menace le mode de vie destructeur dans laquelle se complait la jeune femme, et qu’il lui fait peu à peu perdre ce sentiment de contrôle total, bien que dérisoire, qu’elle exerce sur les hommes au cours de ses passes. Enigmatique, parce que si l’on apprend beaucoup de choses sur Bree au cours du film, on ne saura pour ainsi dire jamais rien de Klute.

Flegmatique, peu bavard, droit sans jamais tomber une seconde dans le cliché du héros au secours de la jeune fille perdue, Klute est un personnage assez fascinant, et Sutherland, avec ce visage, cette physionomie si particulière (il possède, comme on dit souvent au cinéma, une vraie « gueule »), exprime parfaitement son ambiguïté, son étrangeté. Ce qui le rend également en un sens atypique, dans Klute, c’est qu’il se démarque totalement des autres personnages, tous plus ou moins douteux, qui errent dans les recoins glauques de New-York. Peu à l’aise dans cette ville qui n’est pas la sienne, il va permettre à Bree de faire une chose à laquelle elle se refusait obstinément ; s’abandonner. Il la libère, donc, et sans doute ce silence voulu du film sur son passé, son histoire, a pour objectif de lui attribuer, quoique discrètement et subtilement, la dimension quasi mystique du sauveur – mais un sauveur bien étonnant, qu’on n’avait jamais vu et qu’on ne verra jamais au cinéma ailleurs que dans Klute.

Autre réussite d’une décennie si passionnante pour les cinéphiles – les années 70 – Klute est un film policier original, à l’atmosphère étrange, très abouti sur le plan esthétique. A découvrir.

Cet article a été publié dans Policier avec les mots-clefs : , , . Bookmarker le permalien. Laisser un commentaire ou faire un trackback : URL de trackback.

2 commentaires

  1. palmarin
    Le 3 mars 2009 à 23:25 | Permalien

    très juste ce commentaire. c’est un film qui m’avait bcp marqué à l’époque et que je n’avais pas revu jusqu’ la fin de l’an dernier et je viens de le revoir ce soir. toujours impressionné par la maîtrise des plans, les lumières, l’ambiance assez vénéneuse et le savoir-faire de pakula. l’intrigue est un peu complexe mais l’interprétation est absolument top: sutherland, très convaincant dans ce rôle assez ambigu finalement, mutique et séduisant, et la grande fonda, renversante de vérité, émue, belle, comme on l’aime. *****

  2. Le 4 mars 2009 à 23:23 | Permalien

    Sutherland est effectivement un acteur très intéressant, si tu l’apprécies, je te conseille également « 1900″ de Bertolucci, où il joue aux côtés de Robert de Niro et Gérard Depardieu. Très grand film sur la montée du fascisme en italie.

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>