John Huston

John Huston et Jack Nicholson dans Chinatown de Polanski

John Huston est un monument du cinéma américain. Cinéaste rigoureux et inspiré, son œuvre est ponctuée de grands classiques reconnus (African Queen, Les désaxés, Le Faucon Maltais) et de chefs d’œuvre maudits (Reflets dans un œil d’or).  Huston était notamment un grand maître de l’adaptation au cinéma de romans et pièces de théâtre.

Le premier film de John Huston, Le Faucon Maltais, est un classique déjà révélateur de sa maitrise de la caméra. Quelques années plus tard, il réalise un film noir intéressant et original, Quand la ville dort, qui se démarque par un traitement approfondi des personnages et de leurs motivations. Les gangsters ne sont pas des gros durs implacables mais des êtres humains sensibles et rêveurs. Le film est aussi célèbre pour la présence de Marylin Monroe, alors méconnue. Actrice à laquelle Huston offrira son plus beau rôle, 11 ans plus tard, dans le superbe Les désaxés, aux côtés de Clark Gable, Monty Cliff et Eli Wallach.

Les thématiques

On a souvent évoqué la fascination de Huston pour l’échec, mais cette vision a toujours profondément déplu au réalisateur. Huston est surtout intéressé par la lutte souvent tragique des personnages de ses films contre le destin, leurs propres démons, leur solitude, leurs frustrations, leurs doutes et leurs paradoxes. Les relations humaines sont également au cœur de son œuvre ; toujours complexes, parfois torturées, elles sont tantôt constructives (Les désaxés, La Nuit de l’Iguane), tantôt destructrices (Reflets dans un œil d’or, dont les principaux personnages se torturent allègrement).

On retrouve dans plusieurs grands films de John Huston des thématiques semblables ; le rapport, souvent douloureux et paradoxal, avec la foi (La Nuit de l’Iguane, Wise Blood), la poursuite d’un objectif, d’une quête qui dépasse l’individu et souvent provoque sa perte (la baleine blanche dans Moby Dick, le pouvoir dans L’Homme qui voulut être roi), l’errance des hommes dans une vie dénuée de repères (Les désaxés, La Nuit de l’Iguane), l’alcool et la solitude (Au dessous du volcan, La Nuit de l’Iguane).

La mort, la solitude et le passage du temps sera le sujet de son sublime dernier film, Les Gens de Dublin.

Un maître de l’adaptation cinématographique

John Huston est un maître de l’adaptation cinématographique de romans ou pièces de théâtre, parfois considérés, d’ailleurs, comme inadaptables ou très difficiles à retranscrire sur grand écran.

La plupart de ses chefs d’œuvre sont des adaptations : Moby Dick est adapté du classique d’Herman Melville, La nuit de l’iguane est une pièce de Tennessee Williams, Reflets dans un œil d’or un roman de Carson Mac Cullers, L’Homme qui voulut être roi une nouvelle de Kipling, Wise Blood un roman de Flannery O’Connor, Au dessous du volcan un roman – génial – de Malcom Lowry, Les Gens de Dublin une nouvelle de James Joyce (The Dead, tirée du recueil Dubliners). A chaque fois, Huston respecte profondément l’essence de l’œuvre littéraire tout en signant de véritables films d’auteur, marqués par son style et sa personnalité.

La Nuit de l’Iguane, avec un Richard Burton intense en pasteur défroqué et alcoolique, Les désaxés, Reflets dans un œil d’or et Les Gens de Dublin sont probablement parmi ses plus brillantes adaptations. Wise Blood est également la peinture intéressante d’un personnage qui cherche à créer une religion sans Christ, affirmant son dégoût vis à vis de ce dernier, alors qu’il est en réalité littéralement obsédé par lui. Ce film est également l’une des rares occasions de voir l’acteur Brad Dourif (Vol au dessus d’un nid de coucou, Mississipi Burning, La Porte du Paradis, Blue Velvet) dans un premier rôle.

Le génie visuel de Huston

Huston est un cinéaste de la rigueur ; il considérait que chaque scène devait être abordée comme la plus importante du film. Un principe que Clint Eastwood applique à la lettre, Huston étant une référence absolue pour le réalisateur de Mystic River.

Son expérience visuelle la plus fascinante et la plus intéressante est à mon sens le tournage de Reflets dans un œil d’or, où Huston prend le pari osé de plonger les images du film dans les teintes dorées évoquées par le titre. Entreprise admirablement réussie – le film est un joyau – mais mal comprise à l’époque, et le film sera projeté sans le fameux filtre doré, heureusement restauré pour l’édition zone 1 du DVD.

Elisabeth Taylor dans Reflets dans un œil d'or

Les Gens de Dublin, tragique et superbe conclusion

John Huston meurt en 1987, avant la sortie de son film ultime Les Gens de Dublin. Réflexion sur le temps, la mort et la solitude, Les Gens de Dublin est un chef d’œuvre et le réalisateur ne pouvait conclure plus magnifiquement sa vie et sa carrière. Aujourd’hui, on attend toujours la sortie en DVD de Fat City, la filmographie du réalisateur étant aussi bien ponctuée de classiques reconnus que de grands films incompris.

Critique de films de John Huston sur Citizen Poulpe

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3 commentaires

  1. Le 17 juin 2009 à 10:26 | Permalien

    Je suis toujours autant ému, lorsque je vois Les désaxés, oeuvre désanchantée face à une Amérique qui change, et surtout, film-testament pour Gable et Marilyn, requiem constantant la fin d’un certain cinéma américain !

  2. Le 3 janvier 2010 à 20:59 | Permalien

    Très beau portrait de ce génial réalisateur qui n’a, à mon sens, pas le moindre film raté dans toute sa filmographie. Rappelons aussi que son propos fut souvent en avance sur son temps et qu’il fut l’un des principaux frondeurs à lutter contre la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy.
    Perso, j’aime aussi beaucoup son « Trésor de la sierra madre »…
    Au passage, félicitations pour ton blog que je viens de découvrir et que je trouve très intéressant!
    Bonne continuation

  3. Le 3 janvier 2010 à 22:42 | Permalien

    Merci! je n’ai pas vu « le trésor de la sierra madre » depuis une éternité, mais c’est l’un de ses classiques et j’ai bien envie de le redécouvrir. Sinon je viens de commander le DVD de « fat city » (« les coups durs » en français), je crois qu’il est très bon aussi

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